Sega refuse de confier la création de ses jeux à l’IA

Tsuyoshi Saito, directeur exécutif de Sega, déclare au média japonais Nikkei Xtrend que l’entreprise ne confiera pas les aspects créatifs de ses jeux à l’intelligence artificielle. Elle l’emploie ailleurs, dans l’édition et les services administratifs.

L'intérieur d'une salle d'arcade Sega, où des joueurs sont installés devant une rangée de bornes, sous un plafond orange.
Photo IQRemix, CC BY-SA 2.0.

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La déclaration date du 6 octobre. Sega devient la quatrième maison en une semaine à poser exactement la même frontière, après Capcom, Jagex et Epic.

Deux usages autorisés, un seul interdit

Tsuyoshi Saito distingue nettement les terrains. « Nous utilisons l’IA pour améliorer l’efficacité dans des domaines comme l’édition et les services administratifs », explique-t-il. Puis vient la limite : « nous sommes très prudents sur son usage dans le processus de développement, et nous ne confions pas les aspects créatifs des jeux à l’IA. »

L’entreprise cite aussi la génération d’idées commerciales parmi les usages retenus. Rien qui touche au dessin, à l’écriture ou à la composition.

StudioCe qui est revendiquéCe qui est exclu
Capcomassurance qualité, débogageles ressources livrées dans les jeux
Jagexrien publiquementjeux, illustrations, ressources créatives
Epicrien publiquementune pochette retirée après coup
Segaédition, administratif, idées commercialesles aspects créatifs du développement

Une IA qui trie des remontées de test ne produit rien que le joueur verra. Une IA qui dessine un décor produit l’objet même qu’il achète.

L'immeuble rouge de Sega à Akihabara, enseigne verticale au sommet, au milieu des panneaux publicitaires d'un carrefour de Tokyo.

Un comité interne depuis l’an dernier

La position n’a rien d’improvisé. Sega a monté un comité consacré à l’IA générative, révélé l’année précédente lors du CEDEC, la conférence annuelle des développeurs japonais, et chargé de produire des outils autant que des règles d’usage. C’est le même rendez-vous où les studios du pays exposent leurs méthodes de production les uns aux autres. L’entretien d’octobre en donne le résultat public.

Le comité compte plus que la déclaration. Une ligne annoncée sans structure derrière reste une intention, quand un comité doté de directives et de responsables produit un document que les équipes peuvent opposer à une demande.

Sega arrive par ailleurs avec un passif particulier. L’entreprise vient d’un âge où ses salles d’arcade imposaient le rythme du secteur, et son catalogue repose sur des personnages dessinés à la main qui ont quarante ans. Confier ce fonds à une machine aurait un coût d’image sans commune mesure avec le gain de productivité.

Pourquoi tous les studios disent-ils la même chose ?

Parce que la frontière est la même partout, et qu’elle est économique avant d’être morale. L’IA fait gagner du temps sur des tâches répétitives que personne ne revendique : passer des tests, trier des remontées, relire des tableaux. Elle ne fait gagner aucune réputation sur un visuel, et elle en coûte beaucoup quand le public la repère.

Les quatre maisons de la semaine le formulent différemment, mais le calcul est identique. L’outil interne ne se voit pas. L’image publiée se voit, et se compte en commentaires.

Il y a enfin une raison de calendrier. Les éditeurs japonais publient en ce moment leurs résultats et répondent aux analystes, qui posent tous la même question sur l’IA. Les réponses sortent donc en grappe, et se ressemblent parce qu’elles s’adressent au même auditoire.

La ligne tient tant que le travail reste dans la maison

Nous avons raconté ailleurs que les trois dérapages de la semaine venaient tous de prestataires extérieurs, pas des équipes internes. Sega ne dit rien de ses sous-traitants dans cet entretien, et c’est le point qu’aucune des quatre déclarations n’aborde.

Un comité interne encadre les salariés d’une entreprise. Il n’encadre pas l’agence qui fabrique une bande-annonce, ni le label qui fournit une pochette, ni le pigiste qui livre une illustration de page boutique. La chaîne continue là où la directive s’arrête.

Sega a l’avantage d’avoir écrit ses règles avant d’avoir à s’excuser, ce qui n’est pas donné à tout le monde cette semaine. Son comité vaudra ce que vaudra sa capacité à l’imposer hors de ses murs, quand le visuel arrive par courriel d’un prestataire à l’autre bout de la chaîne.

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