Le meilleur film de 2026 est-il déjà sorti ?

Digger, le nouveau film d’Alejandro González Iñárritu porté par Tom Cruise, est sorti le 30 septembre 2026 et a profondément divisé la critique et les spectateurs. Pour l’instant, c’est pourtant mon film de l’année.

Un homme aux cheveux gris, en veste bordeaux à empiècements de daim, se sert un whisky devant une fresque de montagne enneigée, pendant qu'un homme en costume attend au fond de la pièce.

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Bande-annonce

Chronique cinéma, sans spoilers

À moins de deux mois de la fin de l’année, quel film mérite vraiment le titre de meilleur film de 2026 ? Celui qui fait l’unanimité, celui qui impressionne techniquement ou celui qui continue de nous hanter longtemps après la séance ? Pour l’instant, mon choix se porte sur une œuvre aussi déroutante qu’ambitieuse : Digger, d’Alejandro G. Iñárritu, dont nous n’avons pas fini de parler, j’en suis convaincu.

Il y a des films que l’on apprécie, d’autres que l’on admire. Digger appartient, selon moi, à ceux qui laissent une empreinte difficile à expliquer.

Sorti le 30 septembre 2026, le nouveau film d’Alejandro González Iñárritu, porté par Tom Cruise, a profondément divisé la critique et les spectateurs. Certains y voient une satire trop démonstrative, excessive, parfois épuisante. D’autres saluent son audace et son inventivité.

Pour ma part, je considère qu’il s’agit, à ce stade, du film le plus marquant de l’année, et les risques qu’il prend n’en sont qu’une des raisons.

Digger : derrière ses excès, une intelligence narrative remarquable

Je comprends certaines critiques adressées au film. Sa mise en scène peut paraître écrasante, ses dialogues insistants et ses situations volontairement outrancières.

C’est précisément là que mon regard diffère : ce qui ressemble d’abord à une lourdeur prend progressivement une tout autre signification.

Sans dévoiler les retournements du scénario, Digger possède cette qualité rare : celle de nous obliger à reconsidérer ce que nous venons de voir. Des choix qui pouvaient sembler excessifs deviennent autrement plus pertinents lorsque le récit révèle progressivement ses intentions.

Iñárritu va plus loin que la provocation : il construit une œuvre dont le sens évolue avec le regard du spectateur. C’est là, à mes yeux, que réside le génie de son scénario.

Il serait néanmoins malhonnête de prétendre que tout fonctionne avec la même efficacité. Le film aborde une quantité impressionnante de sujets, change de direction, multiplie les idées et ne laisse presque aucun répit.

Cette densité peut désorienter. Certains spectateurs risquent de perdre le fil avant de comprendre où le cinéaste souhaite les emmener.

Cette difficulté ne relève pas nécessairement d’un manque de maîtrise, elle traduit aussi l’ambition d’un film qui refuse de simplifier son propos pour devenir plus confortable.

Une mise en scène magistrale et un casting exceptionnel

L’autre immense réussite de Digger, c’est sa réalisation. Iñárritu orchestre un tourbillon cinématographique où les mouvements de caméra, les compositions et le rythme participent constamment à l’instabilité du récit.

Des hommes en costume gris crient et gesticulent dans les gradins d'un hémicycle, sous une verrière et des balcons sculptés remplis de monde.
Image tirée de la bande-annonce de Digger. Warner Bros. Pictures.

Le travail d’Emmanuel Lubezki à la photographie, associé à un tournage intégral en VistaVision, donne une ampleur considérable à cette mise en scène. Tout y semble excessif, mais rarement laissé au hasard.

Côté acteurs, Tom Cruise est tout simplement formidable.

Tom Cruise livre une performance surprenante, loin de l’image de héros d’action à laquelle le grand public a parfois tendance à le réduire. Il y passe du grotesque à des registres beaucoup plus subtils. On oublie trop souvent que Tom Cruise est l’un des plus grands acteurs de sa génération, et du XXIe siècle, avec une rare diversité de rôles. Il a maintes fois démontré qu’il était bien davantage qu’une star de l’action, d’Entretien avec un vampire (1994) à Jerry Maguire (1996), en passant par Eyes Wide Shut et Magnolia (1999). Son apparition délirante dans Tonnerre sous les tropiques (2008) le montrait aussi. Avec Digger, il nous rappelle une nouvelle fois l’étendue de son talent, dans une interprétation aussi audacieuse que parfaitement maîtrisée.

Son personnage possède plusieurs facettes, et le jeu de Cruise prend une autre dimension à mesure que le film avance. Impossible d’en expliquer davantage sans gâcher une partie de l’expérience.

John Goodman, lui, est savoureux dans son incarnation d’un président américain caricatural, rappelant notamment les excès du trumpisme, une figure du pouvoir aussi grotesque qu’inquiétante.

Un homme âgé en costume sombre et cravate rouge grimace de colère sous un lustre de cristal, deux hommes derrière lui.
Image tirée de la bande-annonce de Digger. Warner Bros. Pictures.

Jesse Plemons apporte, comme souvent, une grande justesse à un personnage dont la place dans le récit mérite d’être découverte sans explication préalable.

Riz Ahmed, Sandra Hüller et le reste de la distribution complètent ce travail collectif, exigeant et accordé à l’univers d’Iñárritu. Chacun trouve sa place dans un film où les registres de jeu peuvent changer radicalement.

Un film qui nous met face à nos propres contradictions

L’importance de Digger dépasse largement ses qualités techniques. Le film parle de pouvoir, d’écologie, de responsabilité, de manipulation, de croyances et de représentation. Il parle aussi de notre manière de construire des récits pour justifier nos comportements, et ce ne sont là que quelques-unes de ses thématiques.

Iñárritu désigne les responsables des catastrophes de notre époque, mais il nous pousse aussi à examiner notre propre place dans le système. Il vise notre facilité à détourner les yeux et à accepter les discours qui nous arrangent. Il vise aussi notre tendance à dénoncer chez les autres des contradictions que nous refusons de reconnaître chez nous.

C’est peut-être là que le film devient inconfortable : certaines des questions qu’il soulève sont difficiles à accepter, même quand on les comprend parfaitement.

Il serait trop simple de prétendre que ceux qui n’aiment pas Digger n’ont pas compris le film. On peut parfaitement saisir son intention et rejeter sa manière de l’exprimer.

Mais je crois aussi que son refus de ménager le spectateur explique une partie des réactions qu’il provoque.

Digger nous fait regarder le monde brûler, puis nous oblige à nous demander quelle responsabilité nous portons dans l’incendie. Cette démarche donne au film une portée qui dépasse sa satire immédiate.

Ces films qui restent en nous lorsque les lumières se rallument

Il existe au cinéma une sensation particulière. Le générique se termine, les lumières se rallument, et personne ne semble vraiment pressé de quitter son siège.

La salle reste silencieuse. Certains spectateurs demeurent assis, comme s’il leur fallait encore quelques instants pour revenir à la réalité, et Digger laisse exactement cette impression.

On peut l’avoir adoré, détesté, trouvé épuisant ou fascinant. Mais il est difficile de sortir d’une telle proposition sans avoir quelque chose à en dire.

C’est aussi cela, l’art : un film n’a pas besoin de plaire à tout le monde pour avoir de la valeur, ni de diviser pour être important.

Ce qui m’intéresse, c’est sa capacité à proposer une vision, à provoquer une émotion et à laisser derrière lui quelque chose qui continue de nous travailler. À ce titre, peu de films m’ont autant stimulé cette année que Digger.

Digger, un futur film culte ?

Je prends le pari : Digger pourrait devenir l’un de ces films dont la réputation grandit avec les années.

La silhouette d'une pelle plantée dans la moquette d'un grand hall vide, éclairé par de hautes fenêtres.
Image tirée de la bande-annonce de Digger. Warner Bros. Pictures.

L’histoire du cinéma a déjà connu des œuvres mal accueillies ou incomprises à leur sortie, avant d’être profondément réévaluées. Fight Club, Blade Runner ou The Thing ont chacun connu, de différentes manières, une réception initiale compliquée avant de s’imposer comme des références majeures.

Rien ne garantit que Digger connaîtra le même destin. Je retrouve pourtant chez lui plusieurs caractéristiques de ces œuvres : une identité forte, une vraie prise de risque, un univers singulier et une capacité à susciter des interprétations contradictoires.

Moderne, inventif et profondément surprenant, il possède surtout un point de vue.

Je suis persuadé que les années lui permettront de trouver un public plus large, notamment lorsque les spectateurs pourront le revoir et redécouvrir les détails de sa construction.

À sa sortie en Blu-ray, je consacrerai d’ailleurs à Digger une analyse complète avec spoilers sur Cutscene.fr. J’y reviendrai précisément sur son scénario, ses nombreux retournements, sa mise en scène et les thématiques qui rendent, selon moi, cette œuvre si particulière. Beaucoup de ses meilleures idées ne peuvent tout simplement pas être discutées sans révéler ce que le film prend tant de soin à nous faire découvrir.

Pourquoi Digger plutôt que L’Odyssée ?

L’année 2026 a pourtant offert de très belles propositions, à commencer par L’Odyssée de Christopher Nolan.

C’est un film impressionnant, porté par une ambition technique incontestable et une vraie vision de cinéma. Son utilisation du format IMAX témoigne d’une recherche spectaculaire qui mérite d’être saluée.

Mais aussi réussi soit-il, il ne m’a pas autant surpris que Digger. Là où Nolan m’a surtout impressionné par sa maîtrise et la démesure de son projet, Iñárritu m’a davantage marqué par l’inventivité de son récit et les directions imprévisibles qu’il emprunte.

L’Odyssée n’en est pas moins réussi, je n’en suis simplement pas sorti avec le même sentiment. C’est pour cela que la notion de meilleur film de l’année reste si personnelle : nous ne recherchons pas tous la même chose au cinéma.

Le meilleur film de 2026 reste encore à déterminer

Mon choix est donc clair : pour l’instant, Digger est mon film de l’année. Mais 2026 n’est pas terminée.

Le 16 décembre, Dune : Troisième Partie de Denis Villeneuve arrivera dans les salles françaises, tout comme Avengers: Doomsday des frères Russo.

Le dernier volet de la trilogie Dune pourrait notamment proposer une œuvre particulièrement ambitieuse, tant sur le plan visuel que narratif, en explorant les conséquences du pouvoir de Paul Atréides.

D’autres films pourraient encore créer la surprise, et je n’exclus absolument pas de changer d’avis.

Jusqu’à présent, pourtant, aucun film découvert cette année ne m’a autant bousculé que Digger.

Est-ce le meilleur film de 2026 ? Pour moi, aujourd’hui, oui.

Je le choisis malgré ses imperfections, et la polémique qui l’entoure n’y est pour rien. Son scénario, sa mise en scène, ses interprétations et les questions qu’il soulève composent une proposition de cinéma que je trouve exceptionnelle.

C’est une œuvre qui prend des risques et assume ses partis pris, du vrai cinéma dans ce qu’il peut avoir de plus audacieux.

Et vous, quel est votre film de 2026 pour le moment ? Celui que vous considérez comme le plus réussi, ou simplement celui qui vous a le plus marqué ?

La discussion est ouverte, et j’espère bien découvrir grâce à vos réponses quelques films à côté desquels je serais passé.


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