C’est une page de l’histoire du jeu vidéo qui se tourne. Glen Schofield, le créateur de Dead Space, a annoncé sa retraite dans une vidéo publiée sur LinkedIn, sobre et émue. Après trente-cinq ans passés à faire des jeux, l’homme raccroche. « Il est temps pour moi de me retirer officiellement du travail au quotidien », y explique-t-il, avant de remercier sa famille et l’industrie qui l’a vu grandir. Une sortie discrète pour l’un des grands noms de l’horreur vidéoludique.

De Barbie à Dead Space
Le parcours a de quoi impressionner. Schofield débute en 1990 comme simple artiste 2D, et son tout premier jeu est un titre Barbie sur Game Boy. Autant dire loin des cauchemars spatiaux qui feront sa réputation. Il rejoint ensuite Electronic Arts comme producteur, où il travaille notamment sur l’adaptation du Seigneur des Anneaux : Le Retour du Roi.
Puis vient 2008, et le coup de maître. Chez Visceral Games, studio d’EA, il supervise Dead Space en tant que producteur exécutif. Le jeu redéfinit le survival horror : démembrement stratégique, huis clos angoissant à bord de l’USG Ishimura, interface diégétique intégrée au corps du héros. Un classique instantané, dont l’ADN irrigue encore le genre aujourd’hui.

De Call of Duty au Callisto Protocol
Puis, en 2009, Schofield change radicalement de registre. Il cofonde Sledgehammer Games et bascule dans le blockbuster militaire, avec plusieurs épisodes de Call of Duty à son actif, dont Modern Warfare 3 et Advanced Warfare. Il quitte le studio fin 2018 pour retourner à ses premières amours.
En 2019, il fonde en effet Striking Distance Studios, sous l’aile de l’éditeur Krafton, avec une ambition claire : renouer avec l’horreur. Ce sera The Callisto Protocol, sorti fin 2022. Malheureusement, l’accueil est mitigé et les ventes déçoivent, malgré une direction artistique soignée. Schofield quitte le studio en septembre 2023, refermant ce chapitre sur une note douce-amère.
Un maître de l’horreur qui a redéfini le genre
Au-delà de sa trajectoire, c’est son empreinte qui frappe. Avec Dead Space, Schofield n’a pas seulement créé un jeu : il a redéfini ce que l’horreur pouvait être dans un jeu vidéo. La tension permanente, l’atmosphère oppressante, ce sentiment d’angoisse tapi au bout de chaque couloir de l’Ishimura ont posé un standard que le genre suit encore aujourd’hui.
Cette vision s’incarne dans des idées devenues des références. Il y a d’abord le démembrement stratégique : pour venir à bout des créatures, il faut viser et trancher leurs membres, pas la tête. Il y a ensuite l’interface entièrement diégétique. En effet, pas de menu flottant ni de jauge classique : la santé s’affiche sur la colonne de la combinaison d’Isaac, et l’inventaire se projette en hologramme. Une immersion sans couture qui a essaimé bien au-delà de Dead Space.
Son influence ne s’arrête d’ailleurs pas là. Chez Call of Duty, Advanced Warfare et ses exosquelettes ont dépoussiéré le FPS militaire et touché des millions de joueurs. Surtout, Schofield a inspiré toute une génération de développeurs à soigner le détail, l’ambiance et la narration. Les mondes qu’il a bâtis, eux, continuent de nous hanter longtemps après le générique.
Glen Schofield tire sa révérence en pleine tempête
Par ailleurs, le timing de cette retraite n’a rien d’anodin. Elle intervient alors que le secteur traverse l’une de ses pires vagues de licenciements, entre studios fermés et carrières brisées. Dans sa vidéo, Schofield préfère pourtant retenir la lumière. Il dit avoir eu « un siège au premier rang de l’une des plus grandes explosions créatives de l’histoire ». Enfin, il souhaite le meilleur aux créateurs de demain. Une manière élégante de tirer sa révérence sans amertume.
Avec le départ de Glen Schofield, c’est un artisan majeur de l’horreur qui quitte la scène, celui qui a offert au jeu vidéo l’un de ses monuments d’angoisse. Son parcours, de Barbie à l’Ishimura, résume à lui seul l’incroyable trajectoire d’une industrie née en quelques décennies. On lui doit des nuits blanches et des sursauts par dizaines, et pour cela, on ne peut que lui souhaiter une retraite paisible. Loin, très loin, des nécromorphes.




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