Village in the Shade : une ferme hantée, et un bouton pour l’éteindre

Le studio de Yomawari ouvre une ferme dans un village japonais où l’on ne sort pas la nuit. Puis il livre un mode qui rend toute transgression impossible. Pourquoi ?

Village in the Shade, le village de Kagatsu au crépuscule

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Bande-annonce

Il y a des annonces qui se lisent deux fois. NIS America a confirmé ce 10 août que Village in the Shade sortira en Occident le 27 octobre, sur Switch 2, Switch, PlayStation 5 et ordinateur. C’est un simulateur de vie à la campagne peint à la main, dans un village de montagne japonais. C’est aussi un jeu d’horreur. Et il embarque un mode qui permet de retirer l’horreur.

Village in the Shade, une rue du village de Kagatsu peinte à la main
Kagatsu est peint à la main, saison par saison.

Les auteurs de Yomawari passent à la culture des légumes

Le nom du développeur explique beaucoup de choses. Village in the Shade est signé Nippon Ichi Software, le studio japonais de Disgaea et de Phantom Brave. Surtout, c’est l’équipe derrière Yomawari, sa série d’horreur en vue isométrique où l’on incarne une enfant seule dans la nuit.

Cette filiation compte, car Yomawari repose sur une règle stricte. On n’y combat jamais. La lampe torche sert à voir les esprits, pas à les repousser, et la seule réponse possible reste la fuite ou la cachette. C’est exactement le genre de jeu qui se passe d’armes et qui doit donc inventer autre chose pour tenir le joueur.

Autrement dit, ce n’est pas un simulateur agricole auquel on aurait greffé du frisson. C’est un studio d’horreur qui s’installe à la ferme, et qui apporte ses habitudes avec lui.

Kagatsu, et des règles qu’on ne discute pas

Le décor s’appelle Kagatsu, un village de montagne japonais. On y cultive, on y aménage sa maison, on fabrique du mobilier et des clôtures avec ce qu’on récolte. On s’y lie aussi avec les habitants, au fil des fêtes traditionnelles, du festival d’été à l’observation des cerisiers en fleurs.

Il faut cependant respecter un code transmis de génération en génération. Ne pas parler aux inconnus, ne pas quitter le village, et surtout ne pas sortir la nuit. Le studio prévient que l’enfreindre a des conséquences, et que la vérité sur Kagatsu se découvre à ses risques et périls.

Village in the Shade, les travaux de la ferme au fil des saisons
Cultiver, pêcher, chasser : la partie paisible occupe l’essentiel du temps de jeu.

Un mode qui débranche la peur

Le jeu propose un mode alternatif, présenté en France sous le nom de Village in the Sunshine, dans lequel il devient tout simplement impossible d’enfreindre les règles. Plus de transgression, donc plus de conséquence, et par construction plus d’horreur. Il ne reste que la ferme, la pêche, la chasse et les voisins.

La démarche est plus intéressante qu’un simple réglage de difficulté. Un mode facile atténue une menace, alors qu’ici on la supprime à la racine, en retirant au joueur la possibilité même de mal faire. Le studio ne propose pas une version plus douce de son jeu, il en propose un autre.

On peut y voir une bonne idée d’accessibilité, qui ouvre un jeu de niche à des gens que l’angoisse rebute. On peut aussi se demander ce qu’il reste d’une œuvre dont on a débranché le moteur. La réponse dépendra sans doute de la qualité de la partie paisible, et c’est justement ce qu’on ira vérifier.

Village in the Shade est déjà sorti au Japon

Village in the Shade, dont le titre japonais est Honogurashi no Niwa, est disponible au Japon et en Asie depuis fin juillet. Le 27 octobre n’est donc pas la sortie du jeu, mais celle de sa version occidentale. Autrement dit, on sait déjà ce qu’il vaut.

Le jeu a dépassé les cent mille exemplaires en cinq jours au Japon, physique et dématérialisé confondus, ce qui constitue le meilleur démarrage national de Nippon Ichi depuis une dizaine d’années. Sur Steam, il affiche par ailleurs 291 avis positifs sur 324, soit une évaluation très positive, dont une centaine émanant de joueurs japonais. Un chiffre donné par les développeurs éclaire tout le reste. La répartition entre simulation de vie et horreur est de l’ordre de huit pour deux. La ferme n’est donc pas un prétexte, c’est le jeu, et l’angoisse n’en occupe qu’une portion. Comptez en outre cinquante à soixante-dix heures pour venir à bout de l’histoire, selon ceux qui l’ont terminée.

Leurs reproches sont d’ailleurs instructifs, car ils ne portent pas sur la peur mais sur le confort. Pas de voyage rapide, pas d’automatisation des tâches agricoles, et beaucoup de trajets à refaire. Quant à la partie horrifique, elle est régulièrement jugée trop mince au regard du reste. On reproche donc au jeu de ne pas faire assez peur, ce qui est cocasse pour un titre vendu comme un jeu d’horreur.

Village in the Shade, la tombée de la nuit sur Kagatsu
La nuit, le code du village interdit de sortir. Le mode Sunshine retire cette possibilité.

Une édition Deluxe et une distribution française

Passons au concret. Les versions physiques Switch 2, Switch et PlayStation 5 seront distribuées en France par Microids Distribution France. Une édition Deluxe est par ailleurs ouverte à la précommande sur ces trois machines, et elle réunit le jeu, un artbook et la bande originale à télécharger.

La date du 27 octobre n’a enfin rien d’un hasard. Elle place le jeu quelques jours avant Halloween, ce que NIS America assume ouvertement. C’est de bonne guerre pour un titre qui vend de l’inquiétude, même s’il propose dans le même temps de la désactiver.

Les chiffres japonais renversent la lecture qu’on pouvait faire de ce mode Sunshine. Avec un rapport de huit pour deux entre la ferme et la peur, retirer l’horreur n’ampute pas le jeu, cela ne fait qu’assumer ce qu’il est déjà. Le reproche le plus fréquent des joueurs japonais n’est d’ailleurs pas d’avoir eu trop peur, mais pas assez. Village in the Shade est donc avant tout un très gros simulateur de vie à la campagne, cinquante à soixante-dix heures.

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