Il y a des jeux qui rappellent, sans crier gare, pourquoi on aime le récit interactif. Dispatch est de ceux-là. Sorti par épisodes fin 2025 sur PC et PS5, puis porté sur Switch en janvier, il débarque enfin sur Xbox Series le 29 juillet 2026, en Play Anywhere. C’est l’occasion rêvée de rattraper l’une des plus belles surprises de l’année. Car derrière son pitch loufoque se cache l’un des jeux narratifs les plus aboutis de sa génération.
Un ex-héros derrière un bureau
Le point de départ tient de la comédie de bureau. Robert Robertson III était Mecha Man, un super-héros en armure. Puis son précieux méca a été détruit en plein combat. Le voilà donc rétrogradé à un poste de standardiste, loin des projecteurs.
Sa nouvelle mission a de quoi surprendre. Depuis une salle de contrôle, il coordonne une équipe de super-vilains en réinsertion et les envoie éteindre les incendies de la ville. De cette idée toute bête, AdHoc Studio tire une matière étonnamment riche. On y parle de seconde chance, d’ego blessé, de management impossible.
Surtout, le ton fait mouche. C’est drôle, souvent tendre, parfois grinçant. En effet, le jeu assume pleinement sa filiation avec les séries d’animation pour adultes, celles qu’on enchaîne épisode après épisode sans voir le temps passer. On s’attache vite à ce petit monde de bras cassés, et c’est bien là toute la force du titre.
L’héritage Telltale, enfin honoré
Pour comprendre cette réussite, il faut regarder qui se cache derrière le jeu. AdHoc Studio est un jeune studio fondé par des vétérans de Telltale Games. Ce sont les artisans de The Wolf Among Us et de Tales from the Borderlands. Autrement dit, les gens qui ont défini le récit interactif à choix moderne, avant que leur ancien studio ne s’effondre en 2018.
La formule, mais en mieux
Avec Dispatch, ils reprennent donc cette formule là où ils l’avaient laissée. Mais ils la polissent. Les dialogues sont vifs, l’écriture d’une précision rare, et la mise en scène emprunte franchement au feuilletonnage télé. Chaque épisode se referme ainsi sur un cliffhanger, comme une bonne série. En somme, c’est le digne héritier des grandes heures de Telltale, débarrassé de la fatigue technique qui plombait les derniers jeux du studio.
Un rendez-vous hebdomadaire
La sortie épisodique a d’ailleurs joué un rôle clé. Plutôt que de tout livrer d’un coup, AdHoc a distillé ses huit épisodes sur plusieurs semaines, fin 2025. Résultat, une véritable communauté s’est formée autour des théories et des rebondissements, semaine après semaine. Pour qui découvre le jeu aujourd’hui, bonne nouvelle : tout est disponible, et l’aventure se dévore d’une traite en sept à dix heures.

Gérer une équipe de bras cassés
Là où Dispatch se distingue vraiment, c’est en greffant une couche de gestion sur la narration. Entre les séquences dialoguées, on prend place au pupitre de dispatcher. Concrètement, il faut lire les alertes qui tombent, jauger chaque situation, puis envoyer le bon vilain repenti sur la bonne intervention.
Or chaque membre de l’équipe a ses compétences, son caractère et ses lubies. Ainsi, bien répartir les missions devient un petit casse-tête savoureux. Le système s’étoffe de surcroît au fil des épisodes, avec de nouveaux paramètres à jongler. Ce n’est jamais très profond, certes. En revanche, c’est parfaitement intégré à la fiction : on ne joue pas à un mini-jeu plaqué, on fait vraiment le travail de Robert. Voilà une intelligence de game design qu’on aimerait croiser plus souvent.

Un casting digne d’une superproduction
Impossible de parler de Dispatch sans saluer sa distribution vocale, tout simplement somptueuse. On y entend Aaron Paul, le Jesse Pinkman de Breaking Bad, dans le rôle-titre. Mais aussi Jeffrey Wright, Laura Bailey ou encore Matthew Mercer, avec la patte de la troupe Critical Role. Par conséquent, le jeu atteint un niveau d’interprétation qu’on croise rarement, y compris dans les grosses productions.
Une vraie identité visuelle
La direction artistique suit le même cap exigeant. Le cel-shading, que la presse a volontiers rapproché de celui de Hi-Fi Rush, donne aux personnages une présence de dessin animé haut de gamme. Chaque plan respire le soin apporté à la mise en scène. Cette qualité d’ensemble a d’ailleurs été largement récompensée. On compte notamment trois BAFTA (animation, son, et second rôle pour Jeffrey Wright), ainsi que le prix du meilleur jeu narratif aux Steam Awards. Rien que ça.
Un carton que rien n’annonçait
Le plus frappant reste peut-être l’ampleur du succès. Premier jeu d’un studio inconnu, Dispatch s’est écoulé à plus de quatre millions d’exemplaires. La critique a suivi le même élan, avec un OpenCritic de 87 et 97 % d’avis positifs. Du côté des notes, on relève par exemple un 9 sur 10 chez IGN, un 8 chez GameSpot, et même un carton plein chez certains. En France aussi, l’accueil fut chaleureux, autour de 8,5 sur 10. Bref, le bouche-à-oreille a fait le reste, et le petit jeu de super-héros est devenu l’un des phénomènes de la fin 2025.

Les fausses notes
Tout n’est pas parfait pour autant, et il serait malhonnête de le passer sous silence. Le principal reproche, largement partagé par la critique, vise l’impact réel des choix. On décide beaucoup, mais l’histoire, elle, bifurque rarement pour de bon. La promesse du « vos choix comptent » reste donc en partie théorique.
La rejouabilité en pâtit, par ailleurs. Pour tester une autre option, il faut relancer un épisode entier, plutôt que revenir sur une seule décision. À côté de ça, les mini-jeux de piratage sont un peu simplistes. Enfin, certains épisodes filent trop vite, et on aurait aimé explorer davantage les décors. Rien de rédhibitoire, mais de quoi empêcher le sans-faute.
Ces réserves ne pèsent pas lourd face à ce que Dispatch réussit. AdHoc Studio signe une comédie de super-héros drôle, touchante et magnifiquement interprétée, qui fait honneur à l’héritage Telltale tout en traçant sa propre voie. Avec plus de quatre millions d’exemplaires écoulés, un OpenCritic de 87 et une pluie de récompenses, ce n’est pas un hasard si tout le monde en parlait fin 2025. Son arrivée sur Xbox Series, en Play Anywhere, ne vous laisse plus aucune excuse : c’est l’un des meilleurs jeux narratifs de ces dernières années, et si vous ne l’avez pas encore lancé, c’est le moment. Essentiel.




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