Star Fox sur Switch 2, c’est le retour d’une licence culte disparue des radars depuis une décennie, que le caméo surprise du film Super Mario Galaxy avait fini par remettre dans les têtes. Pour lancer la deuxième année de sa console, Nintendo ressort donc le renard. Le hic, et il est de taille : ce retour prend la forme d’un remake, d’un jeu très court, et qui plus est d’un classique que la firme a déjà ressorti à plusieurs reprises. Reste à savoir si la magie opère encore.
Un remake (très) fidèle de Lylat Wars
Disons-le tout net, il ne s’agit pas d’un nouvel épisode mais d’une refonte de Star Fox 64, alias Lylat Wars, sorti en 1997 sur Nintendo 64. Un titre déjà remaké sur 3DS en 2011, puis réimaginé sur Wii U avec Star Fox Zero : autant dire qu’on tient là le troisième, voire quatrième passage du même jeu à la caisse. Confié aux New-Yorkais de Velan Studios (à qui l’on doit Mario Kart Live et Knockout City), ce remake reprend l’intégralité de la trame et du contenu de l’original. Les ennemis n’ont pas bougé d’un poil : mêmes positions, mêmes timings, mêmes comportements. La fidélité confine parfois à l’excès, au point de reproduire jusqu’à la distance d’affichage de l’époque, là où la Switch 2 aurait pu voir beaucoup plus loin.
Cette prudence a au moins une vertu : à 82 sur Metacritic, c’est la deuxième meilleure note de la série, derrière le seul Lylat Wars. Et pour cause, la réalisation est impeccable. Les décors fourmillent de détails, les effets de lumière sont superbes, et la réorchestration des thèmes de Corneria ou de Star Wolf insuffle un souffle épique irrésistible. Le tout tourne avec une fluidité irréprochable, en télé comme en portable.

Le plaisir de l’arcade, intact
Manette en main, le rail-shooter de Nintendo n’a pas pris une ride. On slalome entre les tirs, on enchaîne les tonneaux pour dévier les lasers, on gère ses bombes et l’amélioration de son blaster, on protège ses ailes pour ne pas finir estropié. Aux commandes de l’Arwing, mais aussi du char Landmaster et du sous-marin Blue-Marine, le pilotage reste un vrai plaisir. On peut même viser au mode souris du Joy-Con 2, qui bascule alors automatiquement en vue cockpit, ou ressortir sa manette Nintendo 64 pour un trip rétro complet. La vibration HD, elle, donne du corps à chaque impact.
Soyons clairs, ce Star Fox est accessible. En enchaînant les campagnes à la recherche des chemins alternatifs, l’aventure tourne vite à la promenade de santé. Le vrai défi, la difficulté Expert, reste verrouillé derrière l’obtention d’une médaille de score dans chaque niveau : autant dire qu’il est réservé aux mordus d’optimisation. Seules ombres au tableau de ce pilotage : les phases en char et en sous-marin, toujours aussi peu agréables qu’il y a trente ans.
La forme sublime, le fond figé
Le gros effort, Nintendo l’a porté sur la mise en scène. De nouvelles cinématiques, doublées dans une VF de qualité, viennent étoffer une aventure qui était assez austère sur N64. La trahison de Pigma en ouverture a fière allure, et les échanges entre Fox, Falco, Slippy et Peppy renforcent l’attachement à cette escouade d’animaux anthropomorphes. Soyons honnêtes, l’apport reste modeste : l’essentiel se résume à des briefings dans le Great Fox, et certains préféreront la version originale. Mais sur le plan du spectacle, on flirte par instants avec la sensation de jouer à un grand jeu Nintendo.

Star Fox sur Switch 2 : court, et taillé pour le score
Vient le point qui fâche. L’aventure se compose de sept missions d’une dizaine de minutes chacune, soit deux petites heures en ligne droite. Il faut la boucler deux fois pour atteindre la vraie fin, et un peu plus pour débloquer chaque zone, ensuite rejouable en mode défi. En cumulant la traque des médailles, des routes alternatives et le multijoueur, on a investi une bonne dizaine d’heures. Mais soyons lucides : c’est un jeu de scoring et de complétion, à la philosophie résolument arcade, pour ne pas dire d’un autre temps. Ce n’est pas le public qui rêvait de suivre Fox dans une grande aventure que la durée comblera.
Le multijoueur, justement, ne sauve pas la mise. La coopération se limite à partager un même vaisseau, l’un pilotant, l’autre tirant. Quant aux affrontements en quatre contre quatre, nerveux et plutôt bien fichus grâce au savoir-faire de Velan, ils amusent un moment avant de tomber dans l’oubli. On a l’impression que cette partie du jeu coche une case d’un cahier des charges, sans véritable ambition derrière.
Pour qui ?
La réponse est limpide. Si vous êtes nostalgique de la série, amateur de scoring ou complétiste prêt à décrocher chaque médaille, foncez : c’est la plus belle version de Star Fox jamais produite, et vous en aurez pour vos heures. Si vous cherchez une grande aventure linéaire et du contenu inédit, en revanche, sachez que ce remake ne propose rien de neuf et que rejouer les mêmes missions est le cœur même de la proposition. Calez vos attentes en conséquence.

Difficile de juger ce Star Fox, tant Nintendo a frôlé le remake de trop. Le travail de remise au goût du jour est superbe, la mise en scène spectaculaire, et redécouvrir cette licence arcade dans de telles conditions a quelque chose de réjouissant. Mais l’extrême brièveté, la rejouabilité réservée à un public de niche et l’absence totale d’audace laissent un net goût d’inachevé, à l’heure où d’autres remakes osent réinventer leurs classiques. On le conseille donc à un public bien précis, les fans et les amoureux du score, sans pouvoir pour autant l’ériger en incontournable. Et on croise les doigts pour ne pas avoir à réécrire ce bilan en demi-teinte le jour où Nintendo nous ressortira un certain Ocarina of Time. Verdict : Honorable, pour qui sait à quoi s’attendre.




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