Mélenchon lit Blade Runner comme une leçon de carpe diem

Le 25 octobre sur TF1 Info, Jean-Luc Mélenchon a présenté Blade Runner comme « la plus belle métaphore » de la condition humaine. Le film de Ridley Scott raconte pourtant autre chose : Roy Batty sait déjà quand il va mourir, et il réclame plus de vie.

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Bande-annonce

Blade Runner est un film de science-fiction de Ridley Scott, sorti en 1982 et adapté d’un roman de Philip K. Dick. Dans le Los Angeles de 2019, Rick Deckard traque 4 réplicants, des êtres fabriqués qui se sont enfuis pour retrouver leur créateur.

Le 25 octobre 2026, dans l’émission Pourquoi président(e) ? de TF1 Info, Jean-Luc Mélenchon en a fait « la plus belle métaphore » de la condition humaine. Le candidat de La France insoumise y voit notre incapacité à profiter de l’instant. Sa lecture tient-elle face au film ?

Deuxième épisode des Chroniques Cutscene, après celui consacré aux couleurs de Better Call Saul. Cette chronique part des mots de Jean-Luc Mélenchon et les confronte au film, scène par scène. Elle s’appuie sur les déclarations de Ridley Scott, de ses scénaristes et de ses acteurs. Quand une lecture va plus loin que leurs propos, nous le précisons. Attention : révélations majeures, dénouement compris.

Ce que Jean-Luc Mélenchon a dit de Blade Runner

Jean-Luc Mélenchon, en costume sombre et cravate rouge, parle devant un micro sur le plateau de l'émission Pourquoi président(e) ?, dont le titre s'affiche en bas à gauche.
Jean-Luc Mélenchon face à François Lenglet, le 25 octobre 2026. Image : TF1 Info.

François Lenglet a reçu Jean-Luc Mélenchon pendant plus de 2 heures, dans un entretien qui parlait de littérature, d’histoire et de cinéma autant que de politique. Mélenchon et Lenglet s’étaient déjà affrontés à la télévision. Mélenchon le rappelle en se disant heureux de retrouver un journaliste « avec qui j’ai réglé quelques comptes dans le passé ».

Le passage sur Blade Runner dure environ 2 minutes. Mélenchon commence par « une expérience cinématographique physique » : il pleut tout le temps, et le film baigne dans la pénombre. Il résume ensuite l’histoire d’un homme chargé de pourchasser des androïdes en fuite. Cet homme « n’a plus envie de le faire, mais il le fait quand même », et le doute le gagne sur sa propre nature.

Ce qui le frappe le plus, ce sont les androïdes. Selon lui, ils cherchent leur auteur « pour lui demander quand est-ce qu’ils vont mourir ». Le créateur leur demande à quoi bon le savoir, eux qui ont déjà tant vécu, et ils le tuent.

Mélenchon dit avoir mis du temps à y voir « une allégorie de la condition humaine ». Nous avons une vie qui devrait nous suffire, explique-t-il, et nous voulons pourtant savoir quand elle finira et si elle tournera mieux. « Nous sommes incapables du carpe diem, c’est-à-dire profiter de l’instant. » Pour l’illustrer, il prend l’entretien lui-même, et le plaisir de sa rencontre avec Lenglet.

Il relie ensuite le film à l’intelligence artificielle, dans un passage sur lequel cette chronique revient plus bas. Le jour même, il a publié l’extrait sur son compte X, avec un résumé de sa lecture.

Roy Batty demande à vivre plus longtemps

Roy Batty, cheveux blond platine, penché vers Eldon Tyrell, un homme aux grosses lunettes en robe de chambre blanche qui lui sourit, dans une lumière chaude.
Roy Batty face à Eldon Tyrell, son créateur. Image : Warner Bros.

Sur un point, le film contredit Mélenchon. Les réplicants savent déjà quand ils vont mourir : les modèles Nexus-6 sont conçus pour ne vivre que 4 ans, par précaution, de peur qu’ils développent des émotions. Roy Batty, joué par Rutger Hauer, connaît la règle. Il ne vient pas demander une date à son créateur, il vient lui demander d’en changer.

Eldon Tyrell le reçoit dans sa chambre, au sommet de la pyramide de la Tyrell Corporation. Il lui explique pourquoi sa vie ne peut pas être prolongée. Puis il vante l’intensité de celle qu’il a menée : « La lumière qui brille deux fois plus fort brûle deux fois moins longtemps. » Roy l’embrasse, puis lui écrase les yeux et le crâne.

Mélenchon se souvient d’un créateur qui refuse de répondre. Dans le film, Tyrell répond, et sa réponse est un aveu d’impuissance : il sait fabriquer des êtres vivants et il ne sait pas les réparer.

Nous savons tous que notre vie finira, et Roy affronte une fin fixée par l’entreprise qui l’a fabriqué pour travailler dans les colonies. Son combat relève de la condition humaine, et aussi de la révolte contre un système qui traite certaines vies comme des marchandises.

Du roman de Philip K. Dick au film de Ridley Scott

Philip K. Dick publie Les androïdes rêvent-ils de moutons électriques ? en 1968, en pleine guerre du Vietnam. Le British Film Institute décrit un roman hanté par les horreurs de l’Allemagne nazie, qui se demande ce que veut dire être humain à l’époque des massacres de masse.

Dans le livre, la Terre sort d’une guerre, les animaux vivants sont devenus rares, et en posséder un marque un rang social. Une religion, le mercérisme, fait partager l’empathie à ses fidèles par l’intermédiaire d’une machine, et le film n’en garde presque rien.

Ridley Scott en tire une autre œuvre 14 ans plus tard. Le titre ne vient pas de Dick : il remonte à The Bladerunner, un roman d’Alan E. Nourse paru en 1974, puis au scénario qu’en a tiré William S. Burroughs. Le film garde Deckard, les êtres artificiels et la question de l’empathie, et il y ajoute la mémoire et l’envie de vivre.

Philip K. Dick meurt le 2 mars 1982, un peu moins de 4 mois avant la sortie du film aux États-Unis, le 25 juin. Il n’a jamais vu le film terminé. Le roman demande si l’on peut perdre son humanité en étant né humain. Le film donne un visage et une voix à ceux que l’on refuse de reconnaître comme des semblables.

Los Angeles en 2019

À sa sortie, Blade Runner déconcerte une partie de la critique et du public américains par son rythme et sa noirceur. La vidéo en fait un film culte, et la Bibliothèque du Congrès l’inscrit en 1993 au National Film Registry, qui conserve les films jugés importants pour l’histoire américaine.

Scott imagine une mégapole fatiguée, saturée de publicités, où les inventions de demain s’entassent sur les ruines d’hier. Le film s’ouvre sur une ville de nuit hérissée de cheminées qui crachent des flammes. Scott s’est inspiré en partie de l’usine chimique ICI de Wilton, près de l’endroit où il a grandi, dans le nord-est de l’Angleterre. Les flammes se reflètent dans un œil filmé en très gros plan.

Dans les rues, il pleut, les trottoirs débordent, les enseignes se superposent, et des voitures volantes passent au-dessus de commerces vieillissants. Les machines ont progressé, les bâtiments sont usés, et des publicités géantes dominent des habitants qui semblent pauvres.

Scott cite parmi ses modèles Nighthawks, le tableau d’Edward Hopper peint en 1942. Le film emprunte aussi à Metropolis de Fritz Lang, sorti en 1927, où l’architecture écrase déjà les corps. Le designer Syd Mead a dessiné des machines neuves greffées sur des structures anciennes, et le film noir américain des années 1940 a fourni le reste.

Cette grammaire se retrouve dans Ghost in the Shell, dans Matrix et dans le jeu vidéo, jusqu’à Cyberpunk 2077. Blade Runner a fixé une combinaison que le cyberpunk reprendra : des villes verticales, des entreprises toutes-puissantes, et la détresse de ceux qui vivent en bas.

La pluie et la pénombre

Rick Deckard, joué par Harrison Ford, regarde par la vitre de sa voiture volante, couverte de gouttes de pluie, dans la nuit.
Rick Deckard sous la pluie de Los Angeles. Image : Warner Bros.

La pluie, presque permanente dans les scènes d’extérieur, est le premier souvenir que Mélenchon cite du film. Elle change la lumière : les néons rouges, bleus et verts se reflètent sur la chaussée, et les visages apparaissent derrière des vitres couvertes d’eau. Le chef opérateur Jordan Cronenweth travaille le contre-jour et les sources de lumière visibles dans le décor, si bien que l’image n’est jamais entièrement lisible.

Cette obscurité colle à l’histoire. Deckard doit reconnaître des êtres qui ressemblent en tout point aux humains, dans un monde qui ne lui laisse jamais voir clairement.

Mélenchon parle d’« expérience cinématographique physique ». La vapeur épaissit l’air, les éclairages agressent l’œil, et l’on croit sentir la chaleur polluée de la ville. Le film fait éprouver la vulnérabilité des réplicants avant d’en convaincre : on les sait fabriqués, et on les reçoit d’abord comme des vivants.

Deckard et le film noir

Une femme vêtue d'un imperméable transparent court au milieu d'une foule, dans une rue de nuit éclairée par des enseignes au néon, dont une enseigne Atari.
La fuite de Zhora. Image : Warner Bros.

Deckard a tout du détective désabusé des années 1940, celui que jouaient Humphrey Bogart ou Robert Mitchum. Il vit seul, boit, parle peu et ne croit plus à son métier. Le scénariste Hampton Fancher a écrit le rôle en pensant à Mitchum, et Harrison Ford lui donne une fatigue de tous les instants.

Scott retourne pourtant la tradition. Le détective du film noir cherche une vérité cachée derrière les apparences. Deckard travaille pour un système dont il ne discute jamais la légitimité, et son enquête consiste à identifier des individus pour les éliminer. Plus il avance, plus ses cibles ressemblent à des personnes.

Poursuivie dans une rue bondée, la réplicante s’enfuit, et Deckard lui tire dans le dos. Elle traverse plusieurs vitrines au ralenti et s’effondre dans les éclats de verre, comme une femme qui voulait survivre, et le film n’accorde à Deckard aucun triomphe.

Les yeux, les photos et les souvenirs

Gros plan d'un œil marron sur l'écran de la machine du test Voight-Kampff, posée sur une table.
Le test Voight-Kampff observe la pupille. Image : Warner Bros.

Les personnages de Blade Runner passent le film à regarder des photographies, des visages et des yeux. Le test Voight-Kampff, qui sert à distinguer les humains des réplicants, observe la pupille pendant qu’un enquêteur pose des questions dérangeantes. Il prétend mesurer une qualité morale, l’empathie, à travers une réaction du corps. Les humains du film se montrent pourtant capables d’une grande violence, et les réplicants de peur et de compassion.

Roy rend visite à Hannibal Chew, qui fabrique les yeux des réplicants et ne sait rien de leur durée de vie. Les hommes savent construire les yeux de leurs créatures, et ils ne leur laissent pas choisir ce qu’elles feront de leur vie. Quand Roy tue Tyrell, il lui écrase les yeux, et l’homme qui concevait et surveillait les réplicants perd la vue.

Rachael et une enfance qui n’est pas la sienne

Rachael, jouée par Sean Young, cheveux bruns relevés et rouge à lèvres, dans une pièce baignée de lumière orangée.
Rachael, dont les souvenirs ont été implantés. Image : Warner Bros.

Rachael, jouée par Sean Young, ignore qu’elle est une réplicante quand elle rencontre Deckard. Elle a des souvenirs d’enfance, des photos et une scène avec sa mère. Deckard lui apprend que ces souvenirs ont été implantés, et qu’ils appartiennent à la nièce de Tyrell. Sa tristesse, elle, est réelle.

Le film distingue la vérité d’un événement et celle de l’émotion qu’il laisse, que l’on confond souvent. Rachael n’a peut-être jamais connu l’enfance dont elle se souvient, et cette enfance a quand même fait d’elle la personne qu’elle est.

Les photographies de Leon

Les réplicants gardent des photos. Leon parle à Roy de ses « précieuses photos », restées dans la chambre d’hôtel où Deckard les retrouve. Les humains héritent d’une histoire qui précède leur vie consciente, faite de récits de famille et de vieux albums. Les réplicants naissent adultes, sans ce passé, sauf quand on le leur fabrique.

Les photos leur donnent une histoire que leur condition leur refuse. Leur mémoire est parfois exceptionnelle, et leur vie est trop courte pour qu’ils s’en construisent une à eux.

Les réplicants sont-ils plus humains que ceux qui les traquent ?

Pris, jouée par Daryl Hannah, le visage poudré de blanc et les yeux cernés de noir, sourit dans la pénombre, une main posée sur une paroi.
Pris, chez J. F. Sebastian. Image : Warner Bros.

La question accompagne le film depuis sa sortie, et elle demande de ne pas faire des réplicants des victimes innocentes. Roy tue, Leon tente d’étrangler Deckard, et Pris l’attaque chez J. F. Sebastian, le généticien solitaire qui l’a recueillie. Le film ne cache pas leur brutalité, et il demande si elle suffit à leur retirer toute humanité.

Les humains ne valent guère mieux. La Tyrell Corporation fabrique des êtres conscients pour les exploiter, et la police les élimine quand ils échappent à leurs propriétaires. Le mot officiel est « retirer », retirement en anglais. Ce vocabulaire administratif fait de leur mort une opération technique, et il permet à ceux qui l’exécutent de ne pas regarder ce qu’ils font.

Le film se garde pourtant d’opposer de bonnes machines à de mauvais humains. Sebastian accueille Pris et Roy avec une générosité mêlée de solitude, et Roy tue sans hésiter. Quand il découvre le corps de Pris, il s’agenouille près d’elle avec une douleur qui n’a rien de mécanique. Le film laisse entendre que la capacité de souffrir ou d’aimer ne dépend pas de l’origine d’un être.

Rachael et Deckard

Leur histoire passe souvent pour celle d’un homme qui tombe amoureux de celle qu’il devait éliminer. La scène de l’appartement résiste à cette lecture. Rachael veut partir, Deckard bloque la porte, la plaque contre les stores et lui dicte les mots qu’elle doit prononcer.

Vue aujourd’hui, la scène met mal à l’aise, et elle ne se décrit pas comme un moment romantique. Deckard domine physiquement une femme qui vient d’apprendre que son identité repose sur une manipulation. Il reconnaît son humanité sans abandonner les réflexes de domination du monde où il vit. Rachael a vu son autonomie niée par son créateur, puis mise à l’épreuve par l’homme censé la protéger.

Roy Batty sauve Deckard

Roy Batty, torse nu sous une pluie battante, sur un toit, devant des enseignes au néon bleues et rouges.
Roy Batty, avant son dernier monologue. Image : Warner Bros.

La dernière poursuite a lieu dans le Bradbury Building, un immeuble de la fin du 19e siècle du centre de Los Angeles. Roy sent son corps lâcher, et pour réveiller sa main, il s’y enfonce un clou, un geste qui rappelle les stigmates de la crucifixion. Les rôles s’inversent : Deckard, qui a passé le film à traquer, fuit à son tour, blessé et terrifié.

Roy le coince au bord d’un toit. Deckard glisse, et Roy le rattrape au dernier moment, alors qu’il semblait jusque-là prendre plaisir à faire durer sa peur. Le film n’explique pas ce geste. On peut y voir une compassion née de la mort qui approche : en sauvant Deckard, Roy lui donne ce que Tyrell lui a refusé, plus de temps. On peut aussi y lire le refus de finir sur un meurtre. Toute la vie de Roy a été décidée par d’autres, et ce choix-là, personne ne le lui impose.

Des larmes dans la pluie

Assis sous la pluie, Roy évoque ce qu’il a vu aux confins de l’univers. Puis il prononce ses derniers mots : « All those moments will be lost in time, like tears in rain. Time to die. » Tous ces instants se perdront dans le temps, comme des larmes dans la pluie. Rutger Hauer a obtenu de Ridley Scott d’écrire lui-même ce monologue.

Sur ce point, Mélenchon a raison : Roy devient une allégorie de notre condition. Nous accumulons des moments qui nous semblent essentiels, en sachant qu’ils ne survivront peut-être que dans la mémoire des autres. En donnant à un être fabriqué la conscience de sa disparition, Scott lui accorde l’humanité que son monde lui refusait.

À sa mort, la colombe blanche qu’il tenait s’envole. Dans la tradition chrétienne, elle évoque l’Esprit saint et la paix, et avec le clou, elle donne à la scène une dimension religieuse. Elle peut aussi figurer une libération plus simple : Roy a vécu comme un produit industriel, et il meurt après un acte libre.

Deckard est-il un réplicant ?

La question a fait débattre les spectateurs depuis 1982, et sa place change selon la version que l’on regarde. Après des projections tests difficiles, les producteurs ont imposé à la sortie une voix off de Deckard et une fin heureuse, et ils ont coupé le rêve de la licorne. Ridley Scott a repris son film dans le Director’s Cut de 1992, puis dans le Final Cut de 2007, sans voix off ni fin heureuse.

Dans ces 2 versions, Deckard rêve d’une licorne qui court dans une forêt. À la fin, il trouve devant sa porte une licorne en origami, laissée par le policier Gaff. Si Gaff connaît ce rêve, il a peut-être été implanté, et Deckard serait alors un réplicant. Ridley Scott défend cette lecture depuis longtemps, et Harrison Ford la conteste.

Mélenchon dit que le film ne tranche pas, ce qui vaut pour la version de 1982. Quelle que soit la réponse, la frontière sur laquelle repose le système se fissure. Humain, Deckard doit reconnaître une humanité possible chez des êtres fabriqués. Réplicant, il découvre qu’il a éliminé ses semblables. S’il souffre et aime comme un humain, que change son origine ?

La musique de Vangelis

Le compositeur grec mêle l’électronique analogique à des saxophones de jazz solitaires et à des échos de blues, selon la description du British Film Institute. Sa musique sonne futuriste par ses instruments et nostalgique par ce qu’elle fait ressentir, comme la ville du film.

Sur les premières images de Los Angeles, elle ajoute de la tristesse au gigantisme. Le thème d’amour de Rachael et Deckard adoucit leurs scènes sans effacer le malaise de leur relation. Sur la mort de Roy, elle accompagne le monologue sans couvrir sa voix, et la scène se retire du vacarme de la poursuite.

Blade Runner 2049 et Blade Runner 2099

Un homme et une femme descendent un escalier dans un hall doré, bordé de vitrines où se dressent des statues de corps nus, dans Blade Runner 2049.
Blade Runner 2049, de Denis Villeneuve. Image : Warner Bros.

En 2017, Denis Villeneuve tourne une suite, Blade Runner 2049. Ryan Gosling y joue K, un réplicant chargé de traquer ses semblables, qui découvre l’indice d’une naissance que l’on croyait impossible. Roy réclamait plus de vie, et K espère un moment avoir une origine exceptionnelle. Sa relation avec Joi, une compagne holographique vendue par une entreprise, pose une autre question. Un sentiment peut-il être vrai quand une marque a conçu ce qui le provoque ?

Villeneuve refuse à K la consolation d’un destin d’élu. Sa valeur tient à la décision qu’il prend pour quelqu’un d’autre, comme Roy avant lui. Blade Runner 2049 n’est pas nécessaire pour comprendre le premier film, et il montre que cet univers pouvait encore produire une idée neuve.

Michelle Yeoh, cheveux mi-longs et veste sombre, devant une vitrine éclairée de néons verts et rouges, dans Blade Runner 2099.
Michelle Yeoh dans Blade Runner 2099. Image : Prime Video.

La saga continue le 25 novembre 2026 sur Prime Video avec Blade Runner 2099, une minisérie de 8 épisodes mis en ligne le même jour. Silka Luisa la dirige, et Ridley Scott en est producteur exécutif. L’histoire se passe 50 ans après 2049, dans un Los Angeles reconstruit, mais pas par l’humanité. Hunter Schafer joue Cora, une fugitive qui endosse l’identité d’une Blade Runner, et Michelle Yeoh joue Olwen, une réplicante à quelques jours de sa mort.

Blade Runner et l’intelligence artificielle

Mélenchon relie le film à l’arrivée de l’intelligence artificielle, qui inflige selon lui « une grande claque » aux humains. Nous nous pensions dotés d’une conscience exceptionnelle, dit-il, et nous découvrons qu’une machine « est capable de penser, même d’être intelligente, ce qui n’est pas la même chose ».

Il cite ensuite la philosophe Anne Alombert, maîtresse de conférences à l’université Paris 8. Il recommande 2 de ses essais parus chez Allia, Schizophrénie numérique en 2023 et De la bêtise artificielle en 2025. Il en tire sa formule : « Le problème, c’est pas que le robot vous remplace. C’est que vous vous mettiez à vous comporter comme un robot. » Son exemple est le distributeur de billets, qui dicte chaque geste, au point que l’on finit par faire la queue sans savoir pourquoi.

Se comporter comme un robot

Les réplicants de Blade Runner ne sont pas les intelligences artificielles d’aujourd’hui : ce sont des êtres biologiques, capables de souffrir. Rien ne permet de prêter une telle expérience aux systèmes actuels. Le film garde pourtant sa pertinence. Il interroge ce que pourraient devenir les machines, et aussi ce que nous devenons à leur contact.

Le danger que nomme Mélenchon, se comporter comme un robot, traverse déjà Deckard, qui exécute sa mission sans en interroger la légitimité. La philosophe Hannah Arendt a décrit cette incapacité à penser par soi-même, qui peut aller de pair avec une grande efficacité dans l’exécution d’une tâche.

Le danger dépasse le détective de Ridley Scott. En 1936, Charlie Chaplin montrait déjà dans Les Temps modernes un ouvrier dont les gestes finissaient par épouser ceux de la machine. Près d’un siècle plus tard, la chaîne de montage a trouvé ses équivalents dans notre quotidien numérique. Ce sont des recommandations automatisées, des décisions guidées par des indicateurs, des contenus choisis pour retenir l’attention, et des réponses générées avant que nous ayons formulé notre propre pensée.

Ces outils peuvent instruire, libérer du travail répétitif et nourrir la création. Le problème apparaît quand leur efficacité remplace notre jugement, et que nous cessons de demander pourquoi nous faisons quelque chose pour savoir seulement comment le faire plus vite.

Le cas de Rachael pose une autre question. Son enfance a été fabriquée, et sa douleur, elle, est vraie. La génération d’images et de vidéos fragilise aujourd’hui notre confiance dans les preuves visuelles. Implanter un souvenir est autre chose, et l’analogie demande quand même comment juger librement quand les images qui nourrissent notre mémoire peuvent être fabriquées en série.

Philip K. Dick voyait déjà dans ses androïdes une image de l’être humain privé d’empathie. Dans son œuvre comme dans le film, l’opposition entre l’homme et la machine compte moins que ce que l’automatisation ne garantit pas. Il s’agit du doute, du discernement, de la responsabilité et de la reconnaissance d’autrui.

Jean-Luc Mélenchon voit dans Blade Runner une allégorie de la condition humaine. Roy Batty cherche à prolonger une vie dont il connaît la fin, et son dernier monologue rappelle que nos expériences, aussi extraordinaires soient-elles, sont vouées à disparaître. Sa tragédie dépasse pourtant notre rapport à la mort. Son existence a été conçue, limitée et exploitée par d’autres, et il revendique le droit d’en disposer. C’est quand il ne peut plus rien obtenir qu’il sauve Deckard, l’homme qui le traquait, alors que rien ne l’y oblige. Le réplicant fabriqué pour obéir choisit librement de sauver une vie, quand l’humain a passé une grande partie du film à suivre les ordres. Ce renversement donne du poids aux mots de Mélenchon. À mesure que les machines accomplissent des tâches réservées à notre intelligence, nous devons choisir ce que nous leur déléguons et ce que nous voulons continuer à faire nous-mêmes. Blade Runner demande ce qui pourrait conduire un être humain à renoncer à sa propre humanité.

Questions fréquentes

Qu'a dit Jean-Luc Mélenchon sur Blade Runner ?

Le 25 octobre 2026, face à François Lenglet sur TF1 Info, il a présenté Blade Runner comme une allégorie de la condition humaine. Pour lui, les androïdes cherchent leur créateur pour connaître la date de leur mort, comme nous qui sommes « incapables du carpe diem ».

Pourquoi Roy Batty sauve-t-il Deckard ?

Le film ne l'explique pas. Roy peut éprouver de la compassion pour un homme qui a peur de mourir, et lui donner le temps que Tyrell lui a refusé. Il peut aussi refuser de finir sa vie sur un meurtre.

Deckard est-il un réplicant ?

Ridley Scott le pense, Harrison Ford le conteste. Dans le Director's Cut de 1992 et le Final Cut de 2007, le rêve de la licorne et l'origami laissé par Gaff suggèrent que ses souvenirs ont été implantés. La version de 1982 laisse la question ouverte.

Qui a écrit le monologue des larmes dans la pluie ?

Rutger Hauer, qui jouait Roy Batty. Il a obtenu de Ridley Scott d'écrire lui-même les derniers mots de son personnage, dont la phrase sur les larmes dans la pluie.

Quand sort Blade Runner 2099 ?

Les 8 épisodes de la minisérie arrivent le 25 novembre 2026 sur Prime Video, avec Michelle Yeoh et Hunter Schafer.

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