Wildwood est un film d’animation en stop motion réalisé par Travis Knight pour le studio Laika, celui de Coraline et de Kubo et l’Armure magique. Il sort en salles en France le 9 décembre 2026, sous le titre Wildwood : la prophétie de la forêt.
Adapté du roman de Colin Meloy illustré par Carson Ellis, le film dure 132 minutes. Son histoire est simple : Prue McKeel part chercher son petit frère, enlevé et emmené dans une forêt interdite aux portes de Portland. Ses marionnettes sont déplacées à la main et photographiées image par image. Comment fabrique-t-on de cette façon un film de plus de 2 heures ?
Le plus long film en stop motion

Avec ses 132 minutes, Wildwood est le plus long film en stop motion jamais sorti. Steve Emerson, superviseur des effets visuels de Laika, a détaillé sa fabrication en octobre à la View Conference de Turin, d’après Variety. Le film compte près de 2 800 plans, presque deux fois plus que Missing Link, le précédent film du studio, qui en comptait 1 486. « En gros, on allait faire deux films », résume-t-il.
Emerson a commencé à travailler sur le film en février 2020. « Ma fille était à l’école primaire. Elle est maintenant en terminale, elle pense à l’université, elle conduit et elle sort avec quelqu’un. » D’après lui, Travis Knight voulait faire « un Seigneur des anneaux avec des marionnettes en stop motion ».
Knight, lui, défend le travail à la main. « Fabriquer l’œuvre laisse des empreintes sur l’œuvre », dit-il à l’Associated Press, qui rapporte qu’il y voit un « acte de rébellion discret ».
Plus de 140 000 visages pour Wildwood

Laika anime les visages par remplacement. Chaque expression est un petit visage imprimé en 3D, que les animateurs changent sur la marionnette d’une image à l’autre. Le studio utilise ce procédé depuis Coraline, et il ne réutilise pas ses visages : chaque expression est sculptée pour le plan où elle sert. Une boîte de 24 visages correspond à une seconde de film, explique Brian McLean, directeur du prototypage rapide, au site Inverse.
Wildwood en compte plus de 140 000, contre 106 000 pour Missing Link, qui détenait le record. Steve Emerson donne le chiffre exact de 142 030. Un seul plan en a demandé 1 124, un record en stop motion selon lui. L’Associated Press et le directeur artistique Matthew Maldonado comptent aussi 231 marionnettes fabriquées à la main et 136 décors.
Une maquette du Pittock Mansion

Laika est installé près de Portland, et le film reprend plusieurs lieux de la ville. Le Pittock Mansion, un manoir historique des collines de Portland, y devient un château dont Prue s’échappe par les toits. Sa maquette a demandé 11 semaines et demie de travail à 45 à 50 artistes, selon Steve Emerson. Certaines parties ont été construites à l’échelle des marionnettes, pour que les animateurs y jouent leurs scènes.
« Rien ne vaut du vrai verre, de vraies caméras, avec de vrais cadreurs qui préparent des plans sur un vrai décor », explique Emerson. Quand l’éclairage d’une maquette posait problème, l’équipe filmait plusieurs expositions avec une caméra motorisée, pour régler la lumière ensuite, au moment de l’assemblage des images.
Le lierre du « plan Sam Raimi »

À Turin, Emerson a aussi raconté un plan de cauchemar que l’équipe appelle « le plan Sam Raimi », du nom du réalisateur d’Evil Dead. Du lierre s’y empare d’un squelette et le manipule. Laika voulait que la plante se comporte comme un personnage menaçant.
« Nous ne voulions pas d’une solution procédurale simple, faite dans Houdini comme d’habitude », explique Emerson. Les artistes ont recréé en numérique du vrai lierre, puis cherché son mouvement avec des fils de fer, du coton et des essais en stop motion. La solution est venue de fils arrachés de petits arbres miniatures, filmés puis passés à l’envers. « C’est bizarre, c’est nerveux, c’est agressif, c’est cauchemardesque, et c’était exactement l’effet qu’on cherchait », raconte-t-il.
La forêt et l’aigle

La forêt du film s’inspire de Forest Park, le grand parc boisé de Portland. Sur le plateau, ses arbres sont en résine, avec des branches en métal découpé au laser, sous des LED diffusées à travers un voile blanc. Le numérique sert dans les plans larges. Pour les cerisiers en fleurs, l’équipe a construit un seul arbre, que les effets visuels ont scanné pour modeler les autres.
L’aigle doré qu’on appelle le Général, doublé en version originale par Angela Bassett, a demandé environ 3 000 heures de fabrication, selon l’Associated Press. Pendant les scènes de vol, des mécanismes cachés dans ses plumes et dans les vêtements de Prue simulent le vent.
Wildwood pousse le travail à la main plus loin que tout ce que Laika avait fait jusqu’ici. Il a fallu plus de 140 000 visages, une maquette de manoir construite par une cinquantaine d’artistes et un lierre dont le mouvement vient de fils filmés à l’envers. Le studio garde le numérique pour les plans larges et certains effets, et confie à ses artisans tout ce que la caméra voit de près.




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