On nous avait promis un âge d’or. En rachetant Activision Blizzard pour près de 69 milliards de dollars en 2023, la plus grosse acquisition de l’histoire du jeu vidéo, Microsoft affichait des ambitions démesurées pour son écurie Xbox. Trois ans plus tard, la réalité est tout autre. Le 6 juillet 2026, la nouvelle patronne de Xbox, Asha Sharma, a détaillé la plus vaste restructuration Xbox jamais engagée, ce qu’elle décrit comme la plus importante réorganisation de l’histoire de la marque. Traduction : une nouvelle saignée.
3 200 postes et cinq studios sur le départ
Les chiffres donnent le vertige. Ce sont environ 3 200 emplois qui seront supprimés au cours de l’exercice à venir, et pas moins de cinq studios qui quittent le giron de Microsoft. « Notre activité n’est aujourd’hui pas saine », a lâché Asha Sharma, évoquant des marges « trois à dix fois inférieures » à celles de plateformes et d’éditeurs comparables. Une franchise brutale, qui tranche avec les discours triomphants d’il y a peu, et qui vient allonger la sinistre liste des vagues de licenciements qui ravagent l’industrie depuis 2022.
Double Fine et Compulsion reprennent leur liberté
Tous les départs ne se ressemblent pas, et deux d’entre eux ont des allures d’atterrissage en douceur. Double Fine, le studio de Tim Schafer (Psychonauts), et Compulsion Games, celui de Guillaume Provost (We Happy Few, South of Midnight), redeviennent indépendants. Mieux : leurs fondateurs récupèrent les rênes de leurs maisons, et surtout l’intégralité de leurs licences, y compris celles créées sous l’ère Microsoft. Une séparation à l’amiable, presque une émancipation, qui laisse à ces deux studios une vraie chance de rebondir par eux-mêmes.
Ninja Theory et Undead Labs vendus, Arkane Lyon en sursis
Le sort des autres est plus incertain. Ninja Theory, le studio derrière la saga Hellblade, et Undead Labs, créateur de State of Decay, ont signé pour rejoindre un « nouveau propriétaire » dont l’identité n’a pas été dévoilée. Bonne nouvelle malgré tout : les deux équipes recevront les financements nécessaires pour terminer et développer leurs jeux en cours, le très attendu Senua et State of Decay 3, désormais visés pour 2027. Plus troublant : on a appris que Microsoft comptait se séparer de Ninja Theory avant même de dévoiler Senua lors de son showcase de juin, la bande-annonce ayant surtout servi de vitrine pour séduire un repreneur. Nous avions consacré un dossier à ce feuilleton, qui trouve ici une issue aussi soudaine qu’inattendue.

Reste le cas d’Arkane Lyon, le studio français derrière Dishonored et le récent Marvel’s Blade, qui n’est pas vendu mais placé sous surveillance : Microsoft étudierait à son sujet de « potentielles options stratégiques », une formule technocratique qui n’a jamais rien présagé de très rassurant pour les équipes concernées.
Le grand paradoxe de l’industrie
Au fond, cette restructuration Xbox pose une question vertigineuse. Comment l’entreprise la plus riche du secteur, propriétaire de la plus grosse acquisition de son histoire, en arrive-t-elle à tailler dans ses effectifs et à se défaire de ses studios ? C’est tout le paradoxe d’une industrie qui n’a jamais autant pesé financièrement, et jamais autant licencié. Entre coûts de production qui explosent, obsession du profit à court terme et repli sur les valeurs sûres, le jeu vidéo semble avoir perdu le goût du risque, celui-là même qui avait fait sa grandeur. Pour les milliers de développeurs concernés, la promesse d’un âge d’or a un goût amer.




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