Aphelion : DON’T NOD signe un très beau voyage un peu vide

Une aventure spatiale conçue avec l’Agence spatiale européenne, sans une seule arme. Le décor est superbe, la musique somptueuse. Reste à savoir ce qu’on y fait.

Aphelion, aventure spatiale de DON'T NOD

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Il y a des projets dont la fiche technique intrigue plus que la bande-annonce. Aphelion est de ceux-là. Cette aventure spatiale porte la signature de DON’T NOD, le studio français de Life is Strange et Banishers. Surtout, elle a été conçue en collaboration avec l’Agence spatiale européenne. Sorti en numérique fin avril, le jeu vient enfin de débarquer en boîte. L’occasion de dire ce qu’on en pense vraiment, et notre avis est partagé.

Deux astronautes, une planète gelée, une présence

Le point de départ est un modèle d’efficacité. Nous sommes dans les années 2060. Deux astronautes, Ariane et Thomas, s’écrasent sur une planète glacée nommée Perséphone. Il faut survivre, comprendre où l’on a atterri, puis composer avec une entité qui vous traque. Onze chapitres, une dizaine d’heures. Aucune promesse de grand spectacle, car le jeu assume d’emblée un registre contemplatif et intime.

Perséphone n’est d’ailleurs pas une invention gratuite. Elle s’inspire notamment de la Planète Neuf. Cette hypothétique neuvième planète, les astronomes la traquent pour de vrai aux confins du système solaire. Voilà une base de fiction élégante. Elle donne au décor une crédibilité que beaucoup de jeux spatiaux négligent.

La caution de l’Agence spatiale européenne

C’est la singularité du projet, et elle mérite qu’on s’y arrête. DON’T NOD a travaillé main dans la main avec l’Agence spatiale européenne. Cela ne se traduit pas par un vernis documentaire pesant, mais par une justesse diffuse. La gestuelle en scaphandre, par exemple, la lenteur des déplacements, l’attention constante portée à l’oxygène. L’équipement structure ainsi chaque décision. On sent des gens qui ont posé des questions à ceux qui savent.

Cette rigueur est le meilleur atout du jeu. Elle installe en effet une atmosphère de solitude technique qui fonctionne immédiatement, loin du space opera bruyant. Encore fallait-il que le jeu tienne cette promesse sur dix heures.

Aphelion, deux astronautes sur la planète gelée Perséphone
Perséphone s’inspire de la Planète Neuf, une hypothèse astronomique bien réelle.

Une direction artistique qui sauve beaucoup

Disons-le franchement : c’est ce qu’on retient d’abord. Les étendues gelées, les cavernes, les vallées balayées de lumière pâle composent des tableaux superbes. La modélisation des personnages est également très soignée. Les créatures qu’on croise ont surtout une présence inquiétante bien tenue. Le studio a toujours eu l’œil, et ça se confirme ici.

La bande originale, signée Amine Bouhafa, participe beaucoup à cette réussite. Elle apporte l’ampleur et l’émotion que le récit cherche, parfois même davantage que le récit lui-même. Ajoutons un travail sonore soigné, et l’on obtient une enveloppe sensorielle de très bonne tenue. Si vous jouez pour être transporté par une ambiance, vous en aurez donc pour votre argent.

Unreal Engine 5 et 8,5 millions d’euros

Un mot sur la fabrique, car elle explique bien des limites. Le jeu tourne sous Unreal Engine 5, sous la direction de Florent Guillaume. Le budget annoncé tourne autour de 8,5 millions d’euros. C’est une production intermédiaire, loin des moyens d’un blockbuster. Il faut donc le garder en tête avant de comparer Aphelion aux grandes aventures cinématographiques.

Cette échelle se ressent surtout dans la finition, et le constat revient avec constance. Les animations manquent d’homogénéité, les collisions se montrent capricieuses. Le nombre d’images par seconde n’est pas toujours stable, et l’on note du clipping. Plus gênant, des bugs de déplacement obligent parfois à refaire plusieurs minutes de jeu. C’est pénible dans une aventure aussi posée, où l’on avance sans sauvegarde rapide. Signalons enfin l’absence de doublage français : le jeu se pratique en version originale sous-titrée.

Un jeu sans une seule arme

Voici le choix le plus courageux du projet, et il faut le saluer. Aphelion ne propose aucun combat, aucune phase de tir. On explore, on observe, on se cache. Deux outils structurent la progression. Un PathFinder pour s’orienter, puis un scanner électromagnétique qui révèle ce que l’œil ne voit pas. L’idée des ondes électromagnétiques est d’ailleurs sa meilleure trouvaille. C’est elle qui fait vraiment sentir l’étrangeté du lieu.

Renoncer à l’action dans une aventure spatiale demande de l’aplomb. On aimerait donc pouvoir dire que le pari est tenu. Malheureusement, ce qui remplace le combat ne suffit pas toujours.

Là où l’aventure s’enlise

Le problème est celui du rythme. Les boucles de jeu se répètent, et la tension retombe. L’infiltration et la gestion de l’oxygène devaient tenir le joueur en alerte. Elles ne produisent pourtant pas l’angoisse recherchée : on subit une contrainte plutôt qu’on ne joue avec elle. Quant à l’exploration, elle reste étroitement balisée. Les documents à ramasser n’apportent par ailleurs pas grand-chose.

Le récit accuse la même faiblesse. Il manque de rebondissements et s’étire. Les deux personnages parlent beaucoup, parfois trop. Ils cassent en outre le silence qui faisait la force de l’endroit. C’est d’autant plus frustrant que l’interprétation, elle, est solide. On a le sentiment d’un très beau décor dans lequel on n’a pas assez à faire.

Perséphone, en lumière pâle

Dix heures de solitude, sans promesse d’action

La réponse est plus nette qu’il n’y paraît. Vous cherchez une aventure contemplative ? La beauté d’un décor vous suffit à avancer ? Aphelion vous offrira une dizaine d’heures marquantes. Grâce à sa présence dans le Game Pass depuis le premier jour, l’essai est sans risque. C’est probablement la meilleure porte d’entrée.

En revanche, si vous attendez une progression nerveuse ou des mécaniques qui se renouvellent, passez votre chemin. Le jeu ne joue pas dans cette catégorie, et il ne prétend pas le faire.

Aphelion est un jeu qu’on aimerait défendre plus fort qu’il ne le permet. Sa collaboration avec l’Agence spatiale européenne lui donne une justesse rare, et sa direction artistique est superbe. La musique d’Amine Bouhafa porte l’ensemble. Le refus total du combat mérite en outre le respect. Mais dix heures durant, ce qui remplace l’action ne tient pas la distance. Le rythme s’enlise, l’infiltration et l’oxygène ne créent jamais la tension promise. La finition trahit enfin une production plus modeste que ses ambitions. Il reste un voyage à faire, pour l’ambiance et pour le geste, en sachant ce qu’on va y chercher. Le Game Pass est donc l’endroit idéal pour tenter l’expérience sans regret.

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