Kusan: City of Wolves : premier jeu, et déjà les crocs

Un studio coréen que personne ne connaissait, un premier jeu à douze euros, et la meilleure surprise de l’été dans le sillage de Hotline Miami. Trop beau pour être vrai ?

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Bande-annonce

Un premier jeu passe rarement inaperçu quand il tape aussi fort. Kusan: City of Wolves est sorti le 30 juillet, il vient d’un studio coréen que personne ne connaissait il y a un mois, et il coûte douze euros. Douze euros donc, pour un jeu de tir vu de dessus qui assume sans complexe sa filiation avec Hotline Miami. Voilà le genre de sortie qu’on aurait tort de laisser filer.

Une ville portuaire, un ancien soldat, une gamine à protéger

Le décor est posé en quelques plans. Nous sommes dans une cité portuaire d’Asie, dans un futur proche, où les armes et la corruption font la loi. Vous incarnez un ancien soldat devenu homme à tout faire des arrière-cours. Sa mission tient en une phrase : protéger une jeune fille dont le pouvoir menace la ville entière.

Le monde est en outre peuplé d’animaux anthropomorphes, loups et chiens en tête, ce qui donne au jeu une identité immédiate. On a d’ailleurs vu la presse anglophone décrire l’ensemble comme un croisement entre Blade Runner et Beastars, et la comparaison est juste. Néons, pluie, gueules cassées et costumes trop chers.

Kusan: City of Wolves, un affrontement dans une arène néon
Un ou deux coups suffisent à vous tuer, et le jeu récompense l’audace.

L’héritage de Hotline Miami, assumé

La boucle ne surprendra personne, et c’est voulu. On entre dans une arène vue de dessus, on meurt en un ou deux coups, on recommence. La différence tient au geste : ici, le corps à corps compte autant que les armes à feu. Poings, parade, dagues et pistolet se débloquent progressivement, et le jeu récompense les enchaînements plutôt que la prudence.

C’est nerveux, c’est précis, et surtout franchement jouissif quand la mécanique se met en place. Chaque élimination stylée rapporte davantage, ce qui pousse à improviser plutôt qu’à sécuriser. Les affrontements de boss, à plusieurs phases et aux mécaniques propres, viennent par ailleurs ponctuer l’ensemble sans casser le rythme.

La grille de puces, la vraie idée

Voilà ce qui distingue Kusan de ses innombrables cousins. Entre deux niveaux, on passe chez un vendeur et on installe des améliorations dans une grille à puces. Munitions supplémentaires, vitesse accrue, capacité à parer les projectiles : chaque module occupe de la place, et il faut donc arbitrer.

Les éliminations et les parades enchaînées rapportent des boulons, la monnaie du jeu, qu’on réinvestit dans la War Hand, l’arme principale, mais aussi dans de nouvelles lames et de nouveaux pistolets. Hotline Miami n’avait rien de tel : on y ramassait l’arme qui traînait, sans jamais façonner son personnage d’un niveau à l’autre. La différence paraît mince sur le papier. Elle change pourtant complètement la façon dont on aborde un chapitre.

Kusan: City of Wolves, la grille de puces où l'on installe les améliorations
Chaque module occupe de la place dans la grille : il faut arbitrer.

Loptimist signe la bande-son

Ce n’est pas un détail, car le point revient dans à peu près toutes les critiques. La musique est composée par Loptimist, producteur reconnu de la scène hip-hop coréenne, et elle porte le jeu de bout en bout. Les nappes syncopées collent au tempo des arènes, et certaines pistes se suffisent à elles-mêmes.

Ajoutons un pixel art très travaillé et des cinématiques en style bande dessinée, et l’on obtient une production qui n’a rien d’un premier jeu bricolé. À douze euros, la présentation est même indécente de soin.

Là où la main tremble

Il faut néanmoins signaler ce qui coince, car le constat revient avec constance. Les contrôles manquent de souplesse. Le personnage répond avec une raideur qui contraste avec la vivacité demandée, et l’on meurt parfois pour une inertie qu’on n’avait pas anticipée.

La parade pose le même problème, en pire. Sa fenêtre d’exécution reste illisible, même après le tutoriel, alors qu’elle est censée devenir un réflexe. Or le jeu la réclame de plus en plus à mesure qu’on avance. Certains niveaux deviennent de ce fait franchement frustrants, moins par exigence que par imprécision.

Le récit, enfin, se suit mal. Les intentions sont là, le style aussi, mais l’enchaînement des scènes laisse régulièrement le joueur derrière. On finit par jouer pour le geste plutôt que pour l’histoire, ce qui est dommage vu le soin apporté au reste.

Kusan tient la distance

La durée de vie ne pose en revanche aucun problème. Le jeu compte cinquante-quatre niveaux répartis en chapitres, et il ajoute par-dessus des énigmes, des défis et un système de rangs qui pousse à refaire les arènes proprement. Les perfectionnistes y trouveront de quoi s’accrocher longtemps.

Notons aussi qu’il est disponible partout : ordinateur, PlayStation 5, Xbox Series, Switch et Switch 2. Les textes sont traduits en français, ce qui n’allait pas de soi pour une production coréenne de cette taille éditée par un studio britannique.

Mourir cent fois pour dix secondes parfaites

La réponse est ainsi assez simple. Si vous avez usé Hotline Miami et que vous cherchez la même décharge avec une couche de progression par-dessus, foncez. Si vous aimez mourir cent fois pour réussir une arène en dix secondes, également.

En revanche, si la rigidité des contrôles vous exaspère plutôt qu’elle ne vous stimule, ou si vous attendez un scénario qui se tienne, passez votre chemin. Le jeu ne vous fera pas de cadeau et ne cherche pas à en faire.

Kusan: City of Wolves coûte douze euros et c’est le premier jeu de son studio. À ce tarif, on pardonne beaucoup, sauf qu’il n’y a pas grand-chose à pardonner. Le combat est vif, la grille de puces apporte une vraie idée à une formule qu’on croyait figée, et la bande-son de Loptimist tient le tout. Restent des contrôles raides, une parade mal calibrée qui gâche quelques niveaux, et un récit qu’on décroche en route. Ce sont de vrais défauts, pas des broutilles. Ils ne suffisent pourtant pas à effacer ce que CIRCLEfromDOT réussit ici du premier coup. C’est la meilleure surprise de cet été, et personne n’en parle en France.

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