Emmanuel Macron veut un festival international du jeu vidéo

Le président a annoncé le 7 septembre, au Sommet Lumière de Saint-Paul-de-Vence, la création d’un festival international du jeu vidéo en France. Il range le secteur dans l’exception culturelle, au même titre que le cinéma. Aucun budget, aucune date et aucun lieu n’ont été arrêtés.

Emmanuel Macron assis à une table de réunion, devant les drapeaux français et européen
Photo Christophe Licoppe, Union européenne 2024, CC BY 4.0, via Wikimedia Commons

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Le jeu vidéo entre dans l’exception culturelle française, du moins dans le discours. Emmanuel Macron a annoncé le 7 septembre, en ouverture du Sommet Lumière à Saint-Paul-de-Vence, la création d’un festival international du jeu vidéo en France.

L’annonce, et ses trous

L’annonce tient en peu de mots, et il vaut mieux s’en tenir à ce qui a été prononcé. Le président a décrit un rendez-vous mondial consacré à la création, à l’innovation, aux joueurs et à l’industrie, et il a rangé le jeu vidéo dans la même logique d’exception culturelle que le cinéma, en estimant que le secteur fait « partie de notre culture ».

Voilà pour le principe. Pour le reste, il faut attendre. Aucun budget n’a été chiffré, aucune date n’a été arrêtée, aucun opérateur n’a été désigné. Montpellier figure parmi les villes évoquées pour une première édition, sans que rien ne soit tranché.

L’exception culturelle appliquée au jeu vidéo

La formule n’est pas neutre. L’exception culturelle est le dispositif qui a permis au cinéma français d’exister à côté d’Hollywood : un financement adossé à des taxes sur la diffusion, des quotas, un centre national. Employer ce vocabulaire pour le jeu vidéo, c’est laisser entendre que le secteur pourrait relever du même traitement, et pas seulement d’un festival.

Le jeu vidéo français bénéficie déjà d’un crédit d’impôt et de l’action du Centre national du cinéma et de l’image animée. Ce qui lui manque n’est pas la reconnaissance symbolique, c’est le financement de la production, et un festival n’en produit pas.

Trois jours avant, un studio français annonçait 90 licenciements

C’est le rapprochement que l’annonce impose, et il n’est pas de notre fait. Le 4 septembre, Don’t Nod, le studio de Life is Strange, publiait un point d’activité annonçant jusqu’à 90 suppressions de postes en France et une incertitude sur sa continuité d’exploitation au-delà du 31 janvier 2027. La même semaine, l’éditeur Dear Villagers voyait sa structure réduite.

Personne ne demande à un festival de sauver un studio, et le rapprochement serait injuste s’il servait à disqualifier l’annonce. Il sert à la situer. Le secteur que l’État vient de ranger dans sa culture est en train de licencier, et il le fait au moment précis où on lui promet une vitrine.

Que faudrait-il pour que ce festival compte ?

Trois choses, et elles sont mesurables :

  • un lieu et une date, sans quoi l’annonce reste un communiqué
  • un opérateur, parce qu’un festival international se monte en deux ans et pas en six mois
  • un objet : la gamescom vend des billets au public, le Tokyo Game Show sert de rampe de lancement commerciale, l’Independent Games Festival prime des créateurs

Un festival international du jeu vidéo qui voudrait tout faire à la fois ne fera rien.

Il existe un modèle à portée de main, et c’est celui du cinéma que le président a lui-même invoqué. Cannes n’est pas un salon, c’est un marché doublé d’une compétition. Un festival du jeu vidéo bâti là-dessus aurait une utilité immédiate pour les studios français : un endroit où les éditeurs signent.

Il faut prendre l’annonce pour ce qu’elle est, ni plus ni moins : un signal politique, gratuit à ce stade, et qui ne coûte rien tant qu’aucun budget n’est écrit. Le jeu vidéo français n’a pas besoin qu’on lui dise qu’il est de la culture, il le sait. Il a besoin qu’on finance ses productions au moment où ses studios ferment, et cette annonce ne dit rien là-dessus. Nous la reprendrons avec plaisir le jour où elle aura un lieu, une date et une ligne budgétaire.

Photo de couverture : Christophe Licoppe, Union européenne 2024, CC BY 4.0, via Wikimedia Commons.

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