Sam « Serious » Stone a débarqué le 21 mars 2001, dans un temple égyptien où le sol tremblait avant qu’on ne voie ce qui arrivait. Vingt-cinq ans plus tard, il revient. La surprise n’est pas dans le calibre, elle est au générique.
25 ans déjà
Serious Sam: Shatterverse n’est pas développé par Croteam, le studio de Zagreb qui tient la licence depuis 2001, mais par Behaviour Interactive, la maison montréalaise de Dead by Daylight, avec Devolver Digital à l’édition. Le passage de main s’est fait au grand jour : Davor Hunski, cofondateur de Croteam, a salué publiquement l’arrivée d’une autre équipe dans l’univers que son studio a tenu pendant vingt-cinq ans.
Le changement de mains s’accompagne d’un changement de moteur. Exit le Serious Engine maison, place à l’Unreal Engine, et à une direction artistique volontairement rétro, low poly, plus colorée que les derniers épisodes. Nic Duchesne, directeur du jeu chez Behaviour, annonçait la couleur dès la présentation : une approche originale de la série, dans le respect de son héritage.
Annoncé le 26 mars 2026 lors d’un Xbox Partner Preview, sorti le 31 août sur PS5, PC et Xbox Series X|S, le jeu assume d’entrée son statut. C’est un spin-off d’anniversaire pas un Serious Sam 5.

Cinq Sam, un multivers fêlé, et Tah-Um au marteau
Le prétexte tient sur un ticket de métro, et c’est très bien ainsi. Un certain Tah-Um a fracturé le multivers, et il faut recoller les morceaux dimension par dimension. Pour ce faire, non pas un Sam mais cinq, venus d’univers parallèles : le Sam rétro des débuts, un Sam cartoon, un Sam extraterrestre et deux autres variantes, chacun avec ses statistiques et son ultime propre. Ils se croisent, échangent des vannes de multivers, et repartent au front.
La structure est celle d’un roguelite de manuel. Chaque expédition traverse 9 étages piochés dans une réserve de niveaux faits main, avec un boss tous les 3 paliers, puis tout recommence. Entre deux runs, on dépense des catalyseurs pour débloquer armes, personnages et améliorations permanentes.
Dit comme ça, la formule épouse naturellement l’ADN de la série : mourir, recommencer, canarder. Dans les faits, l’habit demande quelques retouches.
Les anomalies du multivers, la vraie bonne trouvaille
C’est la meilleure idée du jeu. À chaque étage, des « anomalies du multivers » viennent tordre les règles, et l’on choisit le plus souvent son poison :
- la vitesse de déplacement est modifiée, à la hausse ou à la baisse
- la caméra bascule à la troisième personne
- les ennemis vous détroussent de vos pièces à chaque coup encaissé
- la difficulté gonfle, et les récompenses avec elle
C’est dans ces arbitrages que Shatterverse se rapproche le plus d’un vrai roguelite, et s’éloigne le plus du stand de tir.

La montée en puissance suit la même logique de dinguerie contrôlée. Les armes gagnent des atouts et des dégâts élémentaires, une cinquantaine d’affixes en tout, et les babioles ramassées orientent de vrais builds à la Diablo : régénération, coups critiques, farm de pièces d’or. Après quelques heures, quand les synergies s’empilent, le jeu tient enfin sa promesse. Un déluge absurde, drôle, injouable à froid et jouissif à chaud. Reste le prix du billet pour en arriver là.
Le péage avant le plaisir
Le jeu fait payer son plaisir d’avance. Au premier lancement, Shatterverse vous confie le seul Sam rétro, un pistolet, un fusil à pompe et une mitraillette. Les bonus permanents achetés entre les runs relèvent de l’homéopathie : 3 à 5 % de vitesse, un filet de vie, un rechargement à peine plus vif. Il faut aligner les expéditions réussies pour débloquer de quoi s’amuser, et les premières heures ressemblent à un travail d’intérimaire. On pointe, on tire, on recommence.
C’est un choix de design assumé, calibré pour la coop au long cours, et il se défend dans un jeu pensé pour être relancé cent fois. Reste qu’un Serious Sam qui démarre mou trahit son cahier des charges. La série s’est bâtie sur l’excès immédiat, 50 taureaux sans tête dès la deuxième minute, et ce roguelite ne retrouve cette folie qu’au bout du péage. Les cinq Sam se débloquent en 2 à 4 heures, les paliers de difficulté supérieurs demandent le double.
La horde rétrécie au lavage
L’autre reproche pèse plus lourd, parce qu’il touche à l’identité. Les arènes de Shatterverse, désert, jungle, neige, châteaux, volcans, sont propres, lisibles, et petites. Trop petites. La signature de la série tient dans le vertige des grands espaces : des plaines immenses où l’horizon entier vous fonce dessus. Ici, on combat dans des salles, par vagues raisonnables, et ce vertige n’arrive jamais tout à fait. Le squelette roguelite impose ses couloirs, et la horde y perd sa démesure.

Le tir, lui, sauve les meubles, et même davantage. Les armes claquent, les déplacements glissent comme il faut, et la mise à mort au corps à corps qui rend de la vie pousse à jouer agressif, un emprunt assumé aux Doom récents qui fonctionne, même si l’exécution manque de panache. On a connu la série plus généreuse en spectacle, jamais plus précise en sensations. C’est un lot de consolation, mais un beau lot.
Une aventure multi avant tout
Shatterverse se joue de 1 à 5 en ligne, avec jeu croisé entre PC, PS5 et Xbox, et tout dans sa conception dit qu’il a été équilibré et écrit pour le multi. Les ultimes se répondent, les builds se complètent, un Sam à terre attend qu’un coéquipier le relève, et les vannes de multivers s’échangent entre joueurs.

Ce que le solo nous a appris tient debout tout seul, en revanche. La progression lente pèse double quand personne ne la partage, l’écriture tourne à vide quand on est seul à entendre les vannes, et la boucle nue s’épuise en une soirée. Un jeu conçu pour cinq ne se contente pas d’être moins bon à un : il perd la moitié de ses réponses.
Sur PS5, la version tranquille
Sur PlayStation 5, il n’y a rien à signaler, et c’est une bonne nouvelle. Pas un bug, pas un accroc de chargement, une lisibilité constante même quand l’écran se remplit. La manette se contente de vibrer sans exploiter les gâchettes adaptatives. Nous n’avons pas essayé les versions PC et Xbox, et nous n’en dirons donc rien.

Alors, on rempile ou pas ?
Le cœur de cible est évident : les groupes de trois à cinq joueurs qui cherchent un shooter du vendredi soir, sans boutique, avec assez de builds et de modificateurs pour tenir quelques mois, ont ici de quoi faire.
Les vétérans de la série, eux, doivent savoir ce qu’ils signent. Shatterverse est un Serious Sam de format, pas de fond. La démesure des campagnes, les niveaux sculptés, le rythme de croisière d’un épisode canonique, rien de tout cela n’a survécu au passage en roguelite.
Quant aux joueurs strictement solo : la boucle nue, sans compagnons pour la remplir, s’épuise en une soirée.
Serious Sam: Shatterverse remplit son contrat de spin-off d’anniversaire. Vingt euros, un tir impeccable, des anomalies qui font vraiment dévier chaque expédition, et une version PS5 qui tourne rond. Restent une progression qui confond patience et plaisir, des arènes qui rapetissent une série née immense, et un solo qui ne tient pas la soirée.




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